Remember....

Remember….

A bord de l’Almageste, du côté de Maia,

mai 3303

 

Les dépêches tombaient sur tous les médias, relayées par toutes les communautés à travers la galaxie : Salomé avait péri, mais son message avait été délivré aux balises d’écoute de Teorge. Les diffuseurs passaient en boucle les journaux du Zurara et les logs des émetteurs. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre: les super-puissances, prévenues du retour prochain des Thargoïds, pensaient depuis longtemps déjà que la partie était perdue. Elles préparaient de longue date une retraite, là-bas, dans le Formidine Rift. Lorsque les Thargoïds envahiraient la bulle humaine, les dignitaires et les privilégiés de l’Alliance, de l’Empire et de la Fédération trouveraient refuge dans cette zone vide et lointaine, bien à l’abri de planètes terraformées et sécurisées. Et ils laisseraient le gros de l’humanité périr dans un conflit sans espoir. Tel était, pensait-on, l’objectif visé par l’expédition Dynastie. Tel était, croyait-on encore, le sens des messages délivrés par Rebbeca et les amis de Salomé.

 

Mary fronça le sourcil et secoua la tête.

– Ça ne tient pas debout. Pas une seconde. C’est une fausse piste de plus.
– Pourquoi? C’est pourtant l’opinion partagée par tout le monde, apparemment.
– Le Formidine Rift, un refuge contre les aliens? Allons donc ! Si nous y parvenons en quelques jours de voyage, avec nos vaisseaux rustiques et nos FSD bricolés, les Thargoïds n’auraient aucune peine à nous y rejoindre.
– Tu crois? demanda Ptoléméus, interloqué.
– Et puis, ce n’est pas tout, continua la jeune scientifique. Les Thargoïds peuvent venir du Rift. La Wing Atlantis a même quadrillé le secteur récemment, pour y répertorier les planètes ammoniac. Alvinia était sans doute à la recherche de la planète-mère des Thargoïds, à l’atmosphère chargée de nitrure d’hydrogène. Alors tu parles d’une retraite ! Autant se jeter directement dans la gueule du loup.
– Mais alors… Quel était le but de l’expédition Dynastie, selon toi ? Tu as une idée ?
– Oh oui… Rebeccca avait raison… La réalité est bien plus terrifiante que tout ce qu’on a imaginé… J’en ai froid dans le dos, Ptoléméus. Si j’ai raison, nous pourrons toujours nous cacher à Beagle Point, on n’y sera pas en sécurité… Il y a de quoi devenir folle… Comme Rebbeca. Comme Salomé. Ptoléméus regardait son amie sans comprendre. Il attendait la suite.

 

Le Dr Mary Curry reprit la parole

« Remember »… c’étaient les mots par lesquels Salomé terminait ses discours, et qu’elle répéta encore à ses partisans avant de trouver la mort. De quoi fallait-il se souvenir ? Les hypothèses les plus saugrenues ont circulé. Certains ont évoqué les dernières paroles du roi Charles Ier d’Angleterre, qui vécut sur Terre pendant la haute Antiquité, à l’époque pré-spatiale. Ridicule, n’est-ce pas ? D’autres ont même évoqué les discours de Scipion l’Ancien, qui répétait qu’il fallait détruire Carthage… Pffft… Fadaises, bien sûr… ça n’avait rien à voir…

Le Dr Curry tira de son sac deux objets qui paraissaient venir d’un autre temps. Elle les tendit à Ptoléméus, qui n’avait jamais vu semblables artefacts, même s’il en connaissait l’existence. Il s’agissait de feuilles de papier, imprimées et reliées, recouvertes d’un carton coloré. On les appelait autrefois des « livres ». Ils étaient utilisés pour conserver et transmettre des informations, un peu comme des disques de données. Ceux de Mary avaient leurs pages jaunies et déchirées. Ils menaçaient de tomber en poudre.

–  » Manipule-les avec soin, ils sont rares et précieux. Le premier s’appelle « La Roue noire ». Il a été composé en 3115 par Robert Holdstock. Seules les 44 premières pages de cet exemplaire ont survécu. On l’a retrouvé dans un conteneur en orbite d’une planète dans le système Leesti. L’autre est plus mystérieux encore : il s’appelle Finis. Il a été écrit par un dénommé Drew Wagar, qui vivait à une époque reculée et parlait un dialecte s’apparentant à notre langue commune d’aujourd’hui. C’est là que j’ai trouvé la clef du mystère. La réponse à toutes les énigmes de l’expédition Destiny. Les sondes, la terraformation, Metadrive, les mégaships, le rôle joué par Rebecca, les champignons de Mahon… Tout a pris sens. C’était tellement simple ! Et tellement épouvantable… »

Ptoléméus ouvrit la Roue noire. Un signet avait été inséré pour marquer une page précise. Une phrase avait été soulignée et traduite à la main. Il reconnut l’écriture de son amie.

Il lut à haute voix.
« — Raxxla! dit Jason. Souviens-toi : Raxxla.

Il repoussa ensuite Alex dans la capsule de survie, et cria :
– Souviens-toi de moi, Alex ! Je ne voulais pas que ce poids pèse sur toi. Raxxla ! »
– Raxxla ? répéta Ptoléméus en regardant Mary.
– Ce n’est pas fini, poursuivit-elle. Lis cet autre extrait, tiré de Finis. Je l’ai également traduit, car le livre a été composé dans un vieux dialecte presque incompréhensible. Ptoléméus s’exécuta.

[…] Coyotte l’ignora et continua d’une voix timide. ‘Ce fut la dernière chose que Rebecca m’a dite quand elle fut capturé dans le witchspace. ‘Rappelle-toi : Raxxla! Dis-le à Jim : rappelle-toi: Raxxla. J’aurais préféré t’épargner ce poids. Raxxla. Voilà ce qu’a dit Rebecca.

Raxxla ? dit Hespérus. Mais c’est un mythe, un conte de fées…

Au contraire [en français dans le texte]. Son existence n’a jamais été prouvée, bien sûr. Mais les descriptions et les rumeurs sont cohérentes. Je parierais qu’il y a une vérité derrière ces légendes ».

Ptoléméus ferma le livre. « Qu’est-ce Raxxla ? », interrogea-t-il.

Le Dr Curry soupira. Elle aimait bien Ptoléméus, mais il n’était décidément pas très malin. Elle lui fit la leçon en détachant bien chaque syllabe, comme si elle s’était adressée à un enfant à l’esprit obtus.

« Remember… »… il fallait comprendre « Remembre: Raxxla ! ». La clef du mystère de Salomé, c’est cette planète mythique, cet eldorado lointain… un artefact d’origine alien qui permet le passage entre les mondes, lié de près aux Thargoïds.

« Ce que je crois, c’est que les Super-puissances sécurisent des zones où se trouvent le ou les Raxxla. Qu’ils cherchent à les activer. Qu’ils prennent le risque de faire revenir les aliens, mais qu’ils espèrent les contrôler grâce à leurs champignons magiques. Tout prend sens: ces mégaships dont le FSD est boosté au méta-alliage, par exemple… A quoi pourraient-ils servir, sinon à emmener des hommes depuis la bulle, et à les faire traverser cette espèce de trou de ver ?

« Non, l’expédition Destiny ne visait pas à assurer un exil doré à quelques privilégiés : son but était de contrôler une source de pouvoir immense, et de richesses inouïes, qui défient l’imagination. Et tant pis si, en activant Raxxla, les Puissances doivent déclencher un conflit qui risque d’annihiler toute vie humaine dans la Voie Lactée. Ils en prennent le risque.

« Voilà le complot terrible qui se trame au-dessus de nos têtes depuis des décennies. Voilà ce qui se joue dans le Rift, Hawkin’s gap et le Conflux. Et cet univers à conquérir, ils l’appellent la frontière. « Et voilà ce qu’il faut qu’on empêche à tout prix. »

 


 

Les élucubrations ci-dessus ont été élaborées après absorption de fortes doses d’UAlcool, et après lecture des sources suivantes:
https://www.drewwagar.com/downloads/books/oolite/Finis.pdf
Et ici aussi: http://elite-dangerous.wikia.com/wiki/Raxxla

Avec cette phrase en particulier (je traduis): « En septembre 2015, Drew Wagar déclara: ‘j’interrogeai David Braben [à propos de Raxxla] en 2014, et il m’a confirmé que ‘Raxxla est là dehos, et nous (=les devs) savons où il se trouve’. Donc Raxxla existe. »

Reste à le rencontrer

 



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