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Il est une heure, une heure de paix et de calme où tout semble suspendu au seul rythme d’une lente respiration. Les mots ont fini par fuir les corridors, l’essentiel de l’équipage avait depuis de longues heures basculé dans le rêve. Même le vaisseau semblait léthargique. Les consoles holographiques faisaient moins de bruit, les centrales de traitement d’air semblaient susurrer au cou des braves, endormis, les coursives donnaient un spectacle de quiétude, presque d’harmonie. Il est une heure où tout semble presque parfait.

C’est en cet instant, aussi fugace que majestueux, qu’Alvinia aimait déambuler dans ce qui était devenu son nouveau foyer. Elle n’avait ni but ni envie, seulement celui de profiter de cet instant fragile qui précède le réveil, l’arrivée d’une nouvelle journée vomissant son labeur.

Elle se tenait devant les baies s’ouvrant sur un cosmos plein de mystères, de beautés et de peurs. Ni le temps ni l’espace ne lui appartenait, l’élément de ce décor c’était elle et ses compagnons, non l’inverse. N’être qu’un passager du temps était une vision qu’elle avait appris à connaître et aimer à sa juste valeur. C’est quand on sait ce qu’on risque de perdre qu’on finit par l’apprécier.

En cet instant du parfait équilibre elle repensait à la face blafarde qu’elle aimait contempler jadis. More lui manquait. Sa robe, rosée et plate, presque parfaite, dardant ses rayons jusqu’à l’intérieur de ses appartements, jusqu’à son visage, alors que Munfayl dormait encore. Elle était alors au sommet d’une pyramide aussi arbitraire que fragile, qui se souviendrait ce qu’ils étaient ? Qui pouvait, par quelle prétention, penser qu’un symbole aussi noir de volatile serait éternel ? Bien qu’elle eut peur d’en douter, le pouvoir ne lui manquait pas, la liberté offrait tellement plus. Mais le souvenir de More avec, aligné juste derrière elle l’étoile de Crevit, était devenu une sorte de diptyque mystifié dans l’esprit de cette femme aux allures aristocratiques, mais au sang de pionnier*.

More, Crevit et ses tempêtes ravageuses qui l’avaient forgée, se trouvaient dorénavant à des années-lumière de sa Horde. Pourtant, elle arrivait presque à deviner, au milieu de cet amas de points scintillants, ce qui était peut-être finalement son seul, son unique foyer.

Elle n’avait pas dormi, tourmenté par la scène qui se jouait au coeur des mondes habités.Les choses changeaient trop vite. Une force implacable faisait vibrer les fils de marionnettes et cette vibration donnait vie à un étrange chant de révolte dont l’écho courait le long de l’échine de la Voie lactée. Les lignes bougeaient. C’était perturbant. L’homme, elle en avait conscience, n’avait jamais été nomade, car bercé et transporté pendant les 9 premiers mois de sa vie, était alors reclus dans un monde rassurant et fermé. La conscience pouvait bien raconter ce qu’elle voulait, l’inconscient, lui, a toujours recherché la chaleur solitaire d’un monde clos et immobile.

Elle ne pouvait cesser de penser à cet appel, ce cri craché à la face des intouchables. Avait-elle eu raison de pousser la horde dans cette voie ? Seul l’oeil unique et blafard de More pourrait lui répondre…mais comment le savoir ?

 

Deux Ex Machina Initiative était un appel auquel devait sans doute répondre la Horde.

 

Demain avait fini par devenir aujourd’hui.
Demain, un jour, n’existerait plus.
Cette pensée aussi fascinante qu’implacable failli lui arracher une larme…mais comme pour tant de choses, chez Alvinia, la source s’était depuis longtemps tarie.

*Lire la biographie d’Alvinia de Messalina

 

 

 


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