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Kaminska | Prélude partie 1

Kaminska | Prélude partie 1

Kaminska 

I. La Fédération

Les températures à l’équateur pouvaient dépasser les 90°C obligeant les rares personnes qui s’y rendent à s’équiper de combinaisons spéciales pour ne pas rôtir en quelques minutes.

En remontant vers les pôles de Lukka, la température baisse significativement au point de s’approcher des 0° en pleine nuit, ce qui n’était pas beaucoup plus confortable, à défaut de ne plus devenir mortel. 

La jeune fille, portant ses sous-vêtements réglementaires, tenta de se concentrer sur le cette chaleur infernale qui régnait quelques milliers de kilomètres au sud de sa position en espérant qu’imagine la chaleur torride y sévissant lui permettrait de ne plus grelotter. Cela faisait des heures qu’elle ne sentait plus ses jambes, immergées jusqu’à mi-cuisse dans cette eau stagnante et gelée.
Rares étaient les recrues à avoir réussi cette épreuve qui se compliquait au fil des échecs. Chaque balle perdue était sanctionnée par une heure de plus à devoir grelotter avant d’être finalement autorisé à faire une nouvelle tentative de tir.

Elle devait tenir, il ne restait plus qu’une balle dans la culasse, et échouer à cette épreuve lui vaudrait les foudres du sergent instructeur qui se tenait stoïquement à ses côtés. Malgré la souffrance, malgré le froid, malgré les longues minutes qui s’écoulaient, le Sergent Thiel ne bronchait pas, continuant à encourager ses ouailles grelottantes. Il était avec eux, aussi trempé et transi de froid. Mais il endurait l’épreuve comme on attend patiemment son tour sur le quai d’une gare.
Dans l’heure qui précédait, il avait tiré au moment où elle lui avait annoncé que ce qui lui était demandé était impossible.

Lentement, il avait épaulé son fusil et décapité la grappe de fruits située à plusieurs centaines de mètres de leur position. Sans un mot Thiel avait rangé son arme encore fumante et regardé ses soldats prouvant sa supériorité et sa maîtrise.

Elle tremblait de plus en plus, claquant des dents et peinant à tenir le fusil dans des mains devenues bleues. 

-”J’ai mal…. j’ai si…. froid” réussit-elle à articuler difficilement.
-”Souviens-toi soldat, la douleur n’est rien. Compte. Compte doucement et concentre-toi. Tu peux y arriver soldat Cyrène”.

Car c’est bien ainsi qu’on la nommait sur cette planète, nichée dans le système Tamor. Dans ce dernier, la Fédération y avait établi l’une de ses nombreuses bases d’entraînement militaires et plus spécifiquement l’un de ses fleurons, le Federal Sniper Programm que Cyrène suivait depuis un peu plus de 2 ans. Elle arrivait au terme du programme que sa discrète et puissante famille lui avait fait suivre sous un nom d’emprunt. Il était difficile d’imaginer le pouvoir et l’influence nécessaires pour arriver à masquer une identité aux services des Armées de la Fédération. Mais Kaminska ne doutait pas une seule seconde que ses parents possédaient les deux en quantités largement suffisantes.

-”Respire Soldat. Compte. Lentement. Respire et compte dans ta tête. Apprends à aimer cette douleur. Ai confiance”.

Confiance et douleur, deux notions que la jeune fille de 14 ans fraîchement débarquée deux ans plus tôt sur Lukka avait rapidement appris à connaître. Mais Kaminska avait appris aux côtés de ses camarades d’infortune à relever les épreuves. Les unes après les autres. Se soutenant mutuellement quand les larmes de douleurs finissaient pas tracer des sillons de propretés sur les peaux maculées, quand les os se brisaient après un saut de plusieurs mètres sur l’humus qui recouvrait jusqu’à perte de vue le sol des vastes forêts. Au fil des mois Kaminska avait noué des liens avec plusieurs de ses compagnons et une amitié était même née avec les deux jumeaux. Nykona et Koriel étaient les meilleurs du groupe. Leur symbiose si exceptionnelle qu’elle impressionnait les plus hauts gradés du programme. Ils étaient redoutables et avaient pris sous leur aile la jeune fille. A leur côté Kamiska avait surmonté les plus terribles épreuves que les stagiaires devaient traverser. Elle avait découvert un duo de tueurs, car c’est bien ce qu’ils étaient au-delà de tireurs émérites. Elle avait aussi appris nombre de leurs techniques de mise à mort. En deux ans, la jeune de Messalina, était devenue un soldat de l’Armée Fédérale du côté pile et une redoutable tueuse pour le côté sombre. En quoi cela pouvait bien impacter son destin, elle ne pourrait le dire.

 

Cyrène ouvrit les yeux, calma sa respiration. Elle oublia l’intense morsure du froid.
Il ne restait qu’une seule balle.
La cible était à plus de 900 mètres, se balançant mollement, bercée par le vent froid soufflant sous la canopée.
Une seule et dernière balle.
Une seule et dernière chance.

Cyrène, dans un ultime effort, força son coeur à ralentir pour faire cesser au mieux les tremblements de ses membres.
Elle épaula. Plaça son index gelé sur la détente,
visa,
et fit feu.

Une nuée d’oiseaux bigarrés s’envola, apeurée par le claquement sec de l’arme.

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