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Hawking’s Gap

Hawking’s Gap

La baie offrait une vue imprenable sur la base abandonnée de Hawking’s Gap, perdue à plus de 10.000 Al de leur point de départ. La poussière millénaire recouvrait tout, comme un drap crasseux et souillé. Il n’avait jamais autant voyagé que depuis ces dernières semaines à ses côtés, mais il devait bien avouer qu’il détestait ça. Ces paysages, ces innombrables systèmes qui s’enchaînaient avec une monotonie déprimante le minaient. Il regrettait ses luxueuses résidences et souffrait du manque de verdure. Sa planète forestière était si loin…. là-bas, au-delà de cet horizon terre de Sienne aussi intéressante que les discussions des hommes d’équipage au mess, se trouvaient les plantes rares, les racines mystérieuses dont il tirait toute sa science. Son art avait quelque chose de culinaire, il croisait, dissolvait, extrayait des liquides aux vertus infinies. Mutisme partiel limitant les mots à une seule syllabe, variations brutales de la température corporelle en fonction des mouvements du corps, folie douce poussant à la dépression totale et fatale, il savait tout faire. Presque tout. Et c’est ce presque tout qui avait poussé Alvinia à faire monter à bord Dorian Déjanire. Il devait reconnaître qu’elle l’avait charmé. L’esprit pervers et infiniment complexe de l’empoisonneur avait trouvé un adversaire de taille. Au point qu’il avait accepté de la suivre là où elle irait, même s’il détestait résolument ces saloperies de voyages !

Tout en regardant le ballet des véhicules terrestres et des vaisseaux, dont cet énorme frigo volant qui les avait rejoint quelques heures plus tôt, Dorian repensa à ce qu’il avait appris un peu plus tôt dans la journée. S’il avait parfaitement compris depuis le début que sa présence à bord n’avait pas que pour seul but de soigner de Messalina, il avait été loin d’imaginer toute l’étendue du plan de la chef de la flotte nomade. Quand les hommes apprendraient le but de tout ceci, des moyens mis en oeuvre, certains la prendraient certainement pour une manipulatrice sans scrupules. Et pourtant, ses desseins étaient logiques et dans la lignée de ce que Dorian contemplait au travers de la baie de proue de l’Orichalque. À croire que chacun voulait agir de la sorte avec une justification aussi personnelle que bancale. Qu’importe, elle avait parfaitement joué la partie, ajustant les pièces depuis le début avec une précision d’horloger.

Ce qu’elle lui avait demandé n’allait pas être simple, mais il avait tout sous la main pour y arriver. Le matériel, les hommes et le savoir unique d’un empoisonneur de génie avide de nouveaux défis. Peut-être même arriverait-il à faire d’une pierre deux coups : aboutir Déméter et vaincre ce poison, qui sait ? Pour ce dernier il devrait faire vite, plus vite qu’il ne l’avait pensé. Ce matin encore elle lui avait avoué, dans le plus grand des secrets et avec une certaine gêne, qu’elle “voyait de plus en plus de choses”. Elle lui avait parlé de cette nuit charnelle où elle avait été incapable de dénouer le réel de l’imaginaire…Ça empirait, il n’y avait pas de doute…et pourtant ce qui l’inquiétait le plus était la symbiose qui semblait s’opérer en elle. Comme un organisme tentant de s’acclimater à un nouvel environnement, le corps d’Alvinia avait peut-être commencé à s’approprier l’agent pathogène. Et si ce poison était à l’origine de ce brillant esprit ? Et si ce poison s’appelait finalement Alvinia ? À moins qu’elle ne soit déjà partie depuis longtemps……

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