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Le départ

Le départ

Elle était montée à bord de l’Anaconda avant le départ après être rapidement rentrée de Barnaby Gateway. Le Philby allait rester dans le système sous bonne garde pour cette première sortie. Il n’était pas équipé pour les suivre aussi loin. Un jour peut-être.

La passerelle de commandement de l’Anaconda était vaste et plongée dans une douce et apaisante pénombre. Les hommes et femmes de bord chuchotaient s’affairaient à leurs tâches. L’ambiance était électrique et les rapports des ingénieurs de la flotte tombaient presque toutes les secondes. Le matériel donné par Remlok avait été chargé à bord, dans les vastes soutes du vaisseau amiral de la flotte et permettrait d’envisager sereinement le voyage. Ils étaient enfin parés.

Tout semblait se dérouler avec une précision calculée. Mais le ballet avait été répété à de maintes reprises sous l’œil vigilant et exigeant du Superviseur de la flotte. Il en était devenu le Gouverneur, l’architecte technique et stratégique.

Alvinia dévisagea cet homme qui parlait peu et dont le regard, plongé dans les rapports, avait quelque chose de perturbant. Il était difficile, même pour les implants d’Alvinia, de sonder en profondeur ce regard. S’y mêlait de mélancolie et une énergie contenue prête à exploser. Comme un caméléon, il s’était glissé dans un rôle de régisseur après avoir quitté sa mue de pilote de chasse.  Alvinia, bien que leader et à l’initiative du projet, ne pourrait pas aller bien loin sans cet homme-là, ils le savaient tous les deux. Ils formaient une couple que le hasard et les machinations avaient façonnées. Une couple, deux choses quelconques de la même espèce rassemblées. Le destin avait un drôle d’humour.

Le Gouverneur quitta les rapports des yeux et fit taire tout le monde sur la passerelle. Lentement, il embrassa du regard les vaisseaux de la flotte parfaitement alignés. L’Orichalque était en tête, arborant les couleurs de la liberté et de l’anarchie. Où les avait-elle menée ? Comment des hommes dont l’esprit avait été formaté pour un seul but, une seule cause, avaient-ils pu en quelques semaines devenir des pirates et des bandits, qu’ils soient ingénieurs, pilotes ou scientifiques ? Alvinia savait que beaucoup la considéraient comme un guide, une forme d’idole dont la vision les guidait. Elle ne pouvait pas se payer le luxe d’en douter, car son temps était compté, le poison qu’on lui avait administré pendant sa détention ne lui laissait que peu de répit. Elle n’avait pas seulement perdu les yeux pendant cette épreuve, elle aussi avait perdu le temps et l’espoir de la vieillesse. Doucement elle chassa ces pensées et regarda l’homme qui allait diriger la flotte à ses côtés. Il ne bougeait pas. On aurait pu croire qu’il priait. Mais elle savait que ce n’était pas le cas. Il avait toujours pris ce moment de méditation avant de lancer une opération. Il cherchait peut-être dans la profondeur du cosmos le pardon et l’espoir.

Finalement il se tourna vers elle.

-Nous sommes prêts, Madame. C’est le moment.

Elle inspira.

-Alors, en avant Monsieur le Gouverneur.

Elle enclencha l’intercom qui fit résonner sa voix dans toute la flotte nomade.

-Mes amis, l’heure est venue. Cap sur Formidine Rift pour commencer notre travail puisque ceux qui devaient le faire sont passés outre. Faisons ce qui aurait dû être fait.
Je suis émue ce soir, car vous êtes là, et que vous croyez. Croire ce que je vous ai dit. Croire sans comprendre. Croire avec retenue et courage. Vous êtes des hommes et femmes remarquables. Notre odyssée sera notre histoire et si nous trouvons les réponses, notre histoire s’écrira peut-être un jour. Vous êtes là ce soir, prêts à bondir vers l’infiniment grand, car vous avez compris une chose primordiale : que le risque est grand de devenir les monstres que l’on combat. Bravo et merci à vous, vous pouvez être fiers.

Elle coupa la communication et s’installa sur le siège de gauche.

-En avant Gouverneur. Cap sur le système T Tauri, une personne importante m’attend là-bas depuis plusieurs jours.

Puis Alvinia, comme la plupart des Atlantes présents sur la passerelle, cessa de parler et regarda les vaisseaux qui entamaient leur premier départ.

 

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