Histoires de la Horde

Thargoids – Partie 1

26 septembre 3303,

Quelque part dans les pléiades à bord d’un ASP

 

Quelque part dans les pléiades à bord d’un ASP -« Que ferez-vous s’ils surgissent commandant ? »

-« C’est une bonne question Vesta… »

C’était même une sacrément bonne question, et connaissant Vesta je n’avais aucun doute sur son intention. Qu’est ce que je ferais ? En fait les choix étaient plutôt simples : prendre le parti de ceux qui avaient été sous mes ordres et ouvrir le feu en criant Banzaï pour mourir la bouche ouverte, mais fier (!), sous le feu de mon ennemi. Je pouvais aussi choisir de m’entourer de personnes, comme je savais si bien le faire, pour établir une stratégie. Dans ces deux cas, je serais en phase avec mon passé ou ceux qui m’avaient formé.

Mais il a aussi une autre voie, celle qui m’avait poussé à venir seul et sans armes au milieu des pléiades. Je suis comme un grain de poussière à contempler le vide du cosmos et m’en nourrir.
Je n’avais pas fait venir l’Orichalque.
Je n’avais fait venir personne.
Pas même Alvinia.

Je voulais être seul, enfin, depuis de nombreux mois de cohabitation au sein de la Horde. J’avais besoin de ces moments, j’en avais toujours eu besoin. Un paradoxe, rien d’autre qu’un paradoxe : être un solitaire cherchant en permanence à vivre en groupe n’est pas un équilibre facile à trouver ! Je pourrais demander à Vesta de m’exposer une théorie sur ce concept, mais le risque serait trop grand de vouloir me jeter rapidement sur l’astéroïde situé à quelques kilomètres pour la faire taire. Mine de rien, je tiens à la vie et n’apprécie vraiment Vesta que quand elle se tait !

Que ferai-je s’ils surgissent ?

Et eux. Qu’allaient-ils faire vraiment ?

Alvinia avait reçu la missive des bouchers du Consilium. S’il y a une chose qu’on ne peut pas leur reprocher, c’est d’avoir de la suite dans les idées ! Montrez-leur une pomme alors qu’ils croient voir une poire, ces ânes finiront par vous décapiter juste pour avoir raison. J’avais laissé Alvinia dans un état de lassitude et de dégoût que je lui connais peu. Elle y a cru, sincèrement, bien plus que moi en tous cas. Difficile de dire ce qu’elle pouvait s’imaginer, mais elle réagira, ça ne fait aucun doute. Il aura juste fallu qu’on se mette à plusieurs pour l’empêcher de répondre dans la minute qui a suivi la réponse du Consilium. Pour le moment, mieux vaut qu’elle fasse comme Vesta.

Le silence est d’or.
Et dehors, les volutes bleues se fondent sur la toile noire constellée.

Juste devant nous, la station creusée au milieu d’un astéroïde tourne calmement, offrant aux vaisseaux de passage sa bouche grande ouverte. Elle avale des vaisseaux et les recrache inlassablement. Je suis immobile et j’observe. Sans rien dire, en pensant à tout ce que j’ai vu avant cet instant. Des souvenirs rangés bien en ordre dans une vaste pièce où s’entassent ces choses qui font ce que je suis. On y trouve mon enfance et ma vie de jeune adulte sur un outpost crasseux où gît encore un cadavre tombé sous ma main. Dans une grosse boite s’entremêlent des attaques de convois, des cargaisons illicites passant au nez et à la barbe des forces de sécurité à qui on envoie notre plus beau sourire de sale garnement. L’un des plus gros amas de souvenirs, au milieu de la pièce, porte le nom de Munfayl que j’ai quitté définitivement depuis plus de 10 mois. Depuis ce départ j’ai pris deux choses : du recul et du poids par manque d’exercice. Si le premier est une force permettant d’échafauder bien des pistes, libérés des ornières apposées par des obscurantistes, la seconde m’est très largement reprochée par Alvinia. Cependant je reste persuadé que ça l’amuse plus qu’autre chose. Apparemment, mon corps ne la repousse pas tant que ça, aux dernières nouvelles !

-« Commandant, on nous signale une activité à Pleione. Dois-je activer le saut ou préférez-vous jouer au légume encore un peu ? »

Saleté d’IA !

-« Enclenche le FSD Vesta, on y va immédiatement. Mais ne dit rien à personne surtout, je ne veux pas que toute la Horde débarque en trombe, on ne sait pas vraiment de quoi il retourne. »

Retourne et contemple une fois encore cette masse de roche habitée offrant sa bouche au premier venu, comme dans l’attente du baiser qui la fera se réveiller après mille ans de sommeil.

5….4…3…2…1

A suivre

 

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