Histoires de la Horde

L’INRA et la Horde

09 octobre 3303, 

L’Orichalque, système Hermitage

 

Le pilote à la manœuvre était une véritable bête, presque aussi haute que large. L’on pouvait se demander, en regardant ce molosse dompter l’Orichalque lors de son approche finale, s’il ne se prenait pas pour un entraîneur de pachydermes faisant une représentation. Il parlait seul, grognait, pestait comme un ours à chaque turbulence et suait plus d’eau que le vaisseau n’en n’avait en soute. Sa combinaison de pilote aurait craquée sous toutes ses coutures si la qualité des produits Remlok avait été moindre. Il n’y avait pas à dire, ils connaissaient leur job. Heureusement pour l’équipage qui aurait certainement dû, dans le cas contraire, subir une avalanche de chair blanche et flasque se répandant au sol. Si cette « masse » aux commandes pouvait faire chavirer le vaisseau par simplement déplacement de son poids, il n’en demeurait pas moins un pilote de quart exceptionnel. Il arrivait même à suffisamment surprendre le Regisseur de la Horde, debout sur la passerelle, pour qu’il laisse les commandes de « son » vaisseau. C’était pourtant une chose qu’il s’escrimait à éviter autant que possible.

Alvinia se tenait aux côtés du Régisseur. Tout le monde à bord avait pris l’habitude de les voir presque toujours ensemble, prenant des décisions collégiales sans se concerter, terminant parfois la phrase de l’autre. Ils représentaient pour beaucoup maintenant les deux faces d’une même médaille, se complétant à peu près sur tous les points. Personne n’osait évidemment aborder le sujet de peur de se faire bannir sur le champ. Mais les mots ne sont pas toujours nécessaires, et les regards au moment des repas dans la cantine de bord en disaient long. C’était ainsi, peu à peu l’Orichalque, Alvinia et le Regisseur fusionnaient peu à peu, pour ne plus faire qu’un.

 

Au dehors, à quelques centaines de mètres sous la cale de l’imposant anaconda, la surface désolée de la planète offrait une vase plaine rosée, frappée par les rayons de l’étoile brune située à un millier de Secondes lumière de là. L’horizon offrait une vue majestueuse sur une géante gazeuse à anneaux si proche qu’on aurait pu la toucher. La vie sur cette planète désolée n’apparaitrait jamais, rien n’y était propice, ce serait pour toujours un monde stérile.

Pourtant, on avait habité ici, il y avait bien longtemps. Loin de toute civilisation et loin de toute vie. Cette impression d’isolement et de solitude rappelèrent à Alvinia ce qu’elle ressenti lors de la découverte du vaisseau Zurara, perdu au milieu du Rift. La base, attachée à la surface désolée de cette petite planète du système Hermitage, était totalement ravagée. Il ne restait que quelques structures dont deux énormes silos devenu depuis quelques jours le centre de toutes les préoccupations aux quatre coins de la galaxie. Les deux arboraient les initiales mythiques : INRA.

Car, si cette planète ne pourrait jamais engendrer la vie, elle avait quand même donné naissance à une découverte qui avait marqué l’Histoire. Les premiers rapports indiquaient une forte probabilité que c’était en ce lieu perdu, et par le fruit du hasard, qu’un agent pathogène avait vu le jour.

Au sol, à proximité des silos et des complexes de recherches, le ballet des véhicules de surface et des vaisseaux avait déjà commencé. Ce n’était que le début. Comme une trainée de poudre, l’annonce de la découverte avait été relayée sur tous les réseaux galactiques. Bientôt cet endroit deviendrait un enfer, mais ils avaient encore un peu de temps avant que déferle la vague de scientifiques, mercenaires, touristes et politique. Ils avaient du temps pour une raison simple : Ils avaient été les premiers à trouver cette base. La Horde et ses partenaires avaient relevé ce défi. Les recherches et une chance exceptionnelle leur avait révélé un secret qui ferait sans doutes quelques remous.

 

 

Alvinia esquissa un sourire.

-«Nous avons réussi. »

-« A trouver la base ? Le pilote s’est simplement contenté de suivre les signaux des pilotes sur place, tu sais…»

-« Tu te prends pour Vesta, dis-moi ! Non, ce que nous avons réussi est de prouver que la Wing Atlantis fonctionne bel et bien. Nous nous sommes perdus dans les tréfonds de Formidine Rift, avons fait un nombre incalculable de relevés et de rapports sur toutes des curiosités planétaires. Nous avons fait une boucle de près de 70 000 années lumières pour chercher des réponses. Mais à chaque fois, sans minimiser ce qui a été fait, nous sommes arrivés….Après. Aujourd’hui nous sommes les premiers. Ce qui pourrait apparaitre pour un détail ne l’est pas du tout. La Horde, ses pilotes, ses soutiens et ses partenaires ont découvert quelque chose de primordial et, en cela, légitimiste tout ce que nous avons fait depuis que nous sommes partis. Nous sommes devenus un peuple apatride, sans attache, sans territoire ou idéologie à défendre et cela nous a rendus plus véloce, plus libres et plus efficaces.

Ce qui est nomade et libre dans la Horde ne sont pas les vaisseaux, mais les femmes et les hommes qui la composent. C’est eux la Wing Atlantis. Ils ne défendent rien, ils ne justifient rien, ils n’argumentent pas, ils sont juste là. Et cette liberté est la clé de tout ceci. »

Alvinia jeta son regard au dehors, par-delà la grande verrière de l’Orichalque. Des vaisseaux arrivaient par dizaine, le bal commençait.

-« Bien, fit-elle, voyons ce que disent ces enregistrements, voyons ce que l’Histoire veut bien nous dire sur l’INRA et ses secrets que nous venons de déterrer. »

 

L’Orichalque, rouillé et à la peinture usé par ses innombrables voyages, trônait à l’entrée de la base comme le minotaure. Il était posé fièrement, sous la lumière brune et triste d’un système qui jusqu’à ce jour n’avait jamais intéressé personne.

 

 


 


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