L'Outpost

Les retrouvailles

Temps de lecture : 8 minutes

-« Hey, on dirait pas un Krait, là-bas ? »

 

Yann* releva la tête de son manuel de vol et fixa le vide au travers du hublot de la remise qui leur servait de chambre. Depuis leur arrivée, les deux occupants des lieux avaient réussi à rendre la pièce à peu près acceptable, du moins supportable. Malgré qu’il soit exigu, ce lieu était le leur. Ils y passaient de plus en plus de temps, protégés des incessants bruits qui parcourraient les couloirs d’un bout à l’autre de l’outpost, nuit et jour. Ces chocs, grincements, cisaillements aigus, accompagnés des hurlements des ingénieurs et ouvriers ne stoppant jamais le travail, inondaient les couloirs comme une marée poisseuse, s’insinuant partout et vrillant les tympans des habitants de l’Outpost. Ce bruit infernal avait de quoi rendre fou ! Ainsi, les deux compères avaient-ils détourné de vieux matelas pour les fixer à la lourde écoutille de leur chambre. Le bricolage de fortune limitait grandement le tambourinement que faisaient les travaux et leur offrait le luxe d’un peu de calme. La chambre avait un air de cellule capitonnée, mais au moins on y dormait correctement ce qui n’était pas le lot de tout le monde à bord !

 

Le visage de Yann devint aussi pâle que la planète située sous leurs pieds, quand ses yeux confirmèrent que son ami avait raison. Les lignes d’un Krait étaient reconnaissables entre toutes et sa forme s’agrandissait à mesure que le vaisseau approchait de la station. Un Krait ! Il n’en avait pas revu depuis qu’il avait quitté le dernier en urgence, enfermé dans cette boite glaciale lui servant de radeau de sauvetage. D’autres n’avaient pas eu cette chance et leurs visages continuaient à hanter ses nuits. Rares étaient celles où il ne revoyait pas la course effrénée d’un équipage paniqué se dirigeant vers les nacelles, où il n’entendait pas les cris de douleurs, les pleurs. Les regards suppliants, portés sur celui que le destin avait promu capitaine et pilote quelques heures plus tôt, alors qu’il n’avait pas même terminé sa formation de cadet. Il ressentait encore la main ferme d’Alvinia posée sur son épaule tandis qu’elle lui affirmait que tout allait bien se passer.

Mais rien ne s’était bien passé ce jour-là.

-« Ça va Yann ? Tu fais une de ces têtes ? On dirait que tu as vu un fant… » Les mots moururent sur les lèvres du jeune ingénieur quand il comprit ce qu’il se passait.

-« Oh, merde…..je suis désolé mec. J’suis trop con, pour une fois qu’on voit un vaisseau dans ce putain de système, j’ai pas fait gaffe… »

Yann Hayden, entendit enfin la voix rassurante de celui à qui il s’était tant confié, et s’extirpa de ce passé si proche et douloureux.

-« C’est rien… C’est rien, t’as raison, c’est juste un Krait…. »

-« ….et le CORAX c’est le passé, Yann… » Lui affirma-t-il, le fixant sévèrement.

L’ingénieur posa alors son holo-magazine, le laissant grand ouvert comme les cuisses du modèle qui l’habitait. Il prit le manuel de pilotage des mains de son ami et déclara qu’il était grand temps d’aller accueillir ce nouvel arrivant pour se changer les idées.

 

Remontant les ponts jusqu’au hangar principal ils entendirent des ordres aboyés par le réseau de communication interne. Ils durent remonter de longues coursives au pas de course, évitant les caisses et objets jonchant le sol rouillé du vieil Outpost. Ils faillirent percuter un ouvrier soudeur et évitèrent de justesse une volée de boulons, accompagnée d’un nombre si impressionnant d’insultes qu’un seul dictionnaire n’aurait jamais suffi à tous les contenir. Ils riaient comme deux enfants quand ils parvinrent enfin dans le hangar. Ce dernier offrait une vue large sur le cosmos duquel se détachait le Krait, accompagné de plusieurs autres vaisseaux…Tellement de vaisseaux qu’ils étaient presque impossibles de tous les compter.

-« Merde….mais c’est qui ces oiseaux-là ? » questionna Yann

La réponse lui parvint des haut-parleurs grésillant. La voix était celle d’un des pilotes de la flotte qui avançait vers l’Outpost

-« Hey les planqués, y’en a une de vous qui va se décider à nous donner l’autorisation de nous poser ? On a de la bière et de l’UAlcool qui se réchauffe en soute !»

Tous reconnurent la voix d’un des célèbres pilotes de la Horde. Elle déclencha un hurlement de joie et des applaudissements qui parcoururent le hangar et réussirent même à couvrir le fracas des travaux.

Comme s’il avait entendu l’approbation générale, le pilote continua à parasiter le réseau local :

-« Et prévenez Alvinia qu’on l’a retrouvée. On en a chié, mais faut pas croire…on est pas des tocards ! Bref, si on pouvait avoir son autorisation pour nous poser, ce serait pas de refus…en dehors des réjouissances on a tellement de matériel et d’outils dans nos vaisseaux qu’ils ressemblent à des quincailleries de l’espace ! »

 

Au fond du hangar se tenait le leader de la Horde. Autour d’elle s’écoulait une vague de joie portée par les femmes et les hommes accourant en masse dans le hangar. Tous débouchaient des longs couloirs comme une nuée de rats d’égouts humides et rouillés. Ils étaient crasseux et épuisés, mais la joie de voir arriver plusieurs vaisseaux de la Horde les électrisait.

« Ils nous ont trouvés. » Pensa-t-elle « Ces vieux pirates nous ont retrouvés ! »

Sur son visage fatigué se dessina le sourire de celle qui revoyait les siens.

 

*Yann Hayden était le pilote du CORAX. Sa nacelle a été retrouvée le 7 septembre 3304 sur Toroesing 1 (37.89;118.98) par le CMDR Shiki

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Bravo et merci aux CMDRs :
Azim Hutt
Alistair Hope
BlaisePascal
Erik Atreides
G. »Mas » Auburn
Kazahnn Drahnn
Narinimous
Medicorp
Shiki
Syleo
StefBlood

Aux Atlantes !

 

 



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