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Le Roi Triste

Le Roi Triste

« Il était une fois un Roi, un Roi devenu vieux. Il était bon et généreux. Mais avant cela il avait combattu sans relâche ses ennemis, terrassant ceux qui se dressaient sur son passage. Il avait bâti un immense royaume sur lequel il régnait maintenant en paix.

Le Roi avait deux fils. Il vivait seul avec eux dans un superbe château, perché sur une île. Tous les soirs le Roi passait sur la grande pelouse verdoyante pour saluer la tombe où dormait sa regrettée et tendre épouse. Elle lui manquait terriblement.

Les deux fils du Roi étaient aussi paresseux que méchants. Ils passaient leur temps à profiter de ce que leur père avait bâti. Ils étaient envieux et violents, traitant les valets et les bonnes comme des bêtes asservies.

Un jour, le Roi, conscient que son heure viendrait bientôt décida de couper son royaume en trois territoires. Il donna le royaume du nord à son fils aîné et le sud à son cadet, ne gardant que le simple contrôle de son île où il espérait finir des jours heureux. Le souverain pensait que les responsabilités et l’exercice du pouvoir feraient de ses fils de bons et loyaux dirigeants.

Bien entendu, ce ne fût pas le cas. Au fil des ans, la situation devint dramatique. Les territoires du nord et du sud s’affrontèrent pendant des années, chacun arguant que le territoire de l’autre avait empiété sur le sien. Les peuples souffrirent, la famine et les guerres décimèrent des familles entières jusqu’à un point où l’exode fut le seul salut possible pour ceux qui voulaient rester en vie.

Ravagés et détruits, les deux territoires étaient à l’agonie. Le Roi décida alors de sortir de sa retraite bien méritée et convoqua ses deux fils. Dans la salle du trône, où la cour était réunie, les deux frères ennemis se défendirent et s’accusèrent, suppliant leur père de punir l’autre. De longues heures s’écoulèrent au son des cris et des remontrances des deux frères. Le Roi ne dit mot, il laissa couler les flots de colère, d’envie et d’insultes, restant impassible devant le désolant spectacle. A la fin, il se leva et fit mettre à genoux ses deux enfants. La cour regarda le Roi descendre de son trône, attendant un verdict, un mot, un jugement.

Le Roi n’en fit rien. D’un geste assuré il empoigna son épée et fit tomber les têtes de ses enfants sans prononcer un seul mot. Il regarda la chair de sa chair s’écrouler à ses pieds.

Avec un masque d’une extrême tristesse le Roi leva enfin la tête et demanda à sa garde de parcourir le territoire pour trouver un enfant venant à peine de naître. Ce dernier fût trouvé et amené devant Sa Majesté. Le Roi prit l’enfant. Il posa la main dont l’index arborait son sceau sur le petit front et annonça que cet enfant, qui n’avait pas encore vu une journée entière s’écouler, serait le souverain de tout le royaume. La foule s’agenouilla devant le nouveau Roi qui était né ce matin-là, bâtard et pauvre.
Pour finir, le souverain et se retira à jamais dans ses appartements sans donner autre explication.

Le Royaume devint prospère et ses habitants vécurent en paix sous la gouvernance d’un bon et courageux souverain. Parfois, aux abords du château surplombant l’île, on peut entendre les lamentations d’un vieux Roi Triste qui avait préféré sacrifier l’inévitable pour parier sur l’innocence de l’avenir.

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Il n’y a parfois point d’autre salut que de tout recommencer. »

 

Alvinia termina la lecture du conte en se demandant, comme à chaque fois, si ce Roi avait la vertu du courage ou verserait à jamais les larmes de la lâcheté.

 

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