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La preuve

La preuve

Passer une semaine loin de ce lieu lui avait fait un bien fou. Ses parents avaient été généreux et il avait profité du voyage à chaque instant. La cabine de l’orca était aménagée avec un luxe propre au savoir-faire de Saud Kruger. Bien qu’elle fût de classe économique, chaque objet de la petite cabine individuelle avait été disposé avec raffinement. Certes, elle était exiguë et n’offrait pas de vue directe sur l’espace, ce luxe étant réservé aux plus hautes classes que ni ses parents, ni son maigre salaire de scientifique au sein de la Horde, ne pouvaient lui offrir. Mais il ne s’en était pas plaint une seconde, car le mur-écran offrait, de toute façon, une diffusion en direct de ce qu’il se passait à l’extérieur du vaisseau.

Il avait donc profité de cette semaine de repos pour se prélasser dans les cabines de relaxation, sentir les mains fermes et expertes des masseuses du bord, admirer des dizaines d’étoiles sur fond de nébuleuses offertes par le parcours touristique et siroter un panel de cocktails improbables dans l’un des nombreux bars que proposait le vaisseau. Il avait même eu la possibilité d’assister à un opéra classique dans la vaste salle de spectacle du vaisseau, c’était une première pour le scientifique qui avait dû, jusque là, profiter de ce type de divertissements au moyen des prouesses technologiques en réalité virtuelle de Utopixx.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin et il fallait bien retourner gagner sa pitance. Il avait donc rejoint la base secrète où il opérait pour le compte de la Horde. Alvinia de Messalina avait tenu à les tenir loin de la flotte pour la mission qu’elle leur avait confiée. Était-ce par discrétion, pour éviter de mélanger ses intérêts personnels à ceux de la Horde ? Personne n’aurait pu le dire. Le fait est qu’ils se trouvaient à une cinquantaine d’années-lumière de Munfayl, à peu près à mi-chemin du système où la Horde aimait aller se ravitailler et se réparer. L’impression de se trouver entre le marteau et l’enclume était forte et désagréable, mais on ne leur avait pas donné le choix et le travail devait être fait.

Il était rentré plus tôt de congés sur demande de son équipe. Visiblement ils avaient été plus vite que prévu pour l’analyse de ce qu’on leur avait livré.

Son premier adjoint se tenait devant lui, en tenue de travail, exposant toutes les procédures et analyses que les scientifiques avaient pratiquées en son absence. Elles couvraient un large spectre, allant de traces ADN à l’analyse d’atomes de métal pour le département de la balistique. Bien entendu tout le monde ou presque sur la base avait reconnu le « dossier » à son arrivée, mais le plus strict des secrets était observé et respecté, plus par crainte du courroux de certains anciens camarades que par le regard dur et froid des déserteurs et soldats fanatiques de la Phalange Noire qui maintenaient la sécurité dans le laboratoire secret.

La conclusion qui s’affichait sur le vaste écran occupant la presque totalité du mur de la salle de réunion était édifiante. C’était une bombe et ça les mettait en danger.

-« Est-elle au courant ? » demanda-t-il, la voix un peu tremblante.

-« Pas encore, répondit son adjoint, nous voulons faire un dernier test par opposition pour être sûrs de tout ça à 100%. »

-« Je croyais que vous aviez pris toutes les précautions ? Vous doutez de ces résultats ? »

-« Soyons clairs, docteur, si nous avions autre chose que ceci sous les yeux, je me serais contenté des analyses déjà effectuées…mais là… »

-« ,Mais là, nous avons une preuve qui risque de faire beaucoup de bruit. Je commence à comprendre pourquoi Madame de Messalina a diligenté cette enquête. Cette…chose…est tout simplement incroyable et risque de faire rougir de rage certaines personnes pour qui le « pacifisme » est une insulte. »

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En cet instant, il n’avait qu’un souhait, il pourrait presque prier pour qu’il se réalise : qu’il n’y ait pas eu de fuites ni d’espions dans les équipes, parce qu’avec une telle preuve en leur possession, il ne donnerait pas cher de leur peau si cette information tombait entre de mauvaises mains.

Comme il regrettait d’avoir quitté la cabine confortable de l’Orca !

Gavriil Afanasyev Klimo


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