Crépuscule

Crépuscule – Chapitre 6

Temps de lecture : 7 minutes

Je n’en peux plus.

Je ne veux plus de cette double vie que je mène depuis trop longtemps. Je ne supporte plus tous ces mystères, tous ces secrets trop lourds à porter, toutes ces trahisons.

Le temps des mensonges est terminé.

Je suis Ptoléméus.

Et je vais raconter mon histoire.

 

En hommage respectueux aux créateurs d’Elite : Dangerous, à la Wing Atlantis, aux Black Birds – et au cmdr Aymerix,  celui par qui les aventures arrivent.

 

 

Chapitre 6

La fuite

 

– On ne passera jamais.

Mary haussa les épaules.

– Défaitiste ! Tu oublies que j’ai encore quelques amis ici.

Elle se saisit de son communicateur, et pressa trois touches. Quelques minutes plus tard, j’entendis des détonations résonner dans l’enceinte de Samson.

– C’est le moment ! me dit mon amie.

Nous nous glissons prudemment hors du caisson. Les trois sentinelles avaient abandonné leur surveillance ; elles avaient les yeux rivés vers le seuil du spatioport : un Sidewinder avait dû rater sa manœuvre d’approche, et se retrouvait bloqué dans les grilles qui protégeaient l’entrée de la station. Les autorités étaient impitoyables envers les bâtiments qui obstruaient la boîte aux lettres ; celle-ci constituait le seul accès à la base, et il était vital de pouvoir la franchir en permanence dans les deux sens. Toute entrave à la circulation était assimilée à une tentative de blocus. Le protocole de rigueur dans ce cas était sans appel : de gigantesques canons lasers entraient aussitôt en action et détruisaient sans sommation le navire perturbateur, quelle que soit la taille du vaisseau ou la réputation dont jouissait le pilote. L’espace était féroce, et ne pardonnait pas la maladresse.

Les sentinelles s’étaient placées au bout de la plate-forme d’atterrissage. Elles étaient aux premières loges pour assister au spectacle. Il ne fallut que quelques secondes aux rayons lasers de classe quatre pour dégager l’entrée en volatilisant la coque et les modules du léger vaisseau. L’éclat d’une fusée nous rassura sur le sort du pilote : il avait eu le temps d’activer sa capsule de sauvetage avant que son Sidewinder n’explose.

La diversion ménagée par Mary et ses amis avait été providentielle. Je profitai des quelques instants d’inattention des gardes pour ouvrir à distance la porte du vaisseau. Nous nous ruons à l’intérieur. Je laissai Mary actionner la fermeture. Les soldats venaient de s’apercevoir de notre présence et avaient sorti leurs armes de poing, mais il était trop tard : j’avais retrouvé mon siège de pilote, et lancé le décollage. J’eus rarement autant de plaisir à entendre le vrombissement caractéristique des moteurs de l’Almageste, qui ressemblait au bourdonnement d’un insecte.

– Mary, tu es parée ?

Habituellement, l’Asp se gouvernait seul, mais un copilote pouvait prendre place sur le pont inférieur. Le commandant et son second communiquaient alors par radio interne.

– OK capitaine.

– Enfile la combinaison anti-g qui se trouve dans le coffre à droite. La sortie sera sans doute sportive.

Je dirigeai le vaisseau en diagonale vers la boîte aux lettres, négligeant toutes les procédures normales d’envol. J’envoyai toute l’énergie vers les moteurs, et donnai un coup de turbo supplémentaire sans attendre d’avoir dépassé la porte, au risque de m’empaler à mon tour dans les structures métalliques de sécurité. Le vaisseau trembla sous l’effet de l’accélération. La vitesse nous plaqua contre le dossier de nos sièges. Nous passons à travers la lumière aveuglante du champ de confinement qui isolait la base du vide cosmique. J’esquivai de justesse un gigantesque Béluga rentrant de quelque voyage touristique. Nous étions dehors. J’actionnai de nouveau le turbo-réacteur. La gravité artificielle provoquée par la structure de Samson m’empêchait encore de mettre en route l’hyperpropulseur. Il fallait m’éloigner au plus vite de la capitale des Black Birds. J’accélérai encore.

J’entendis soudain la voix de Mary dans mon casque.

– Trois Vipers à six heures.

Un coup d’oeil sur l’écran radar confirma l’information : une escadrille de police nous avait pris en chasse. J’empoignai le manche à balai, enchaînai des virages. Le bouclier encaissa quelques rafales de mitrailleuse. La menace n’était pas redoutable, et j’allais bientôt pouvoir passer en hyperespace.

A ce moment, Mary hurla.

– Mais qu’est-ce que tu fais ! Python droit devant !

Concentré sur les Vipers, je n’avais pas prêté attention au vaisseau de combat lourd surgi de nulle part, et qui maintenant me faisait face, toutes armes dehors. La salve dont il me gratifia fut dévastatrice. Les boucliers ne suffirent pas à retenir l’énergie des boules de plasma, et ma coque était à moitié défoncée lorsque je me ressaisis. J’accélérai en zig-zag, comptant sur la maniabilité de mon Asp pour échapper au monstre d’acier qui déjà pivotait pour se remettre en position de tir. Je ne perdis pas de temps et relançai le turbocompresseur. Mon appareil avait en principe l’avantage de la vitesse. J’allais pouvoir tester en grandeur nature l’efficacité des modifications que les hommes de Farseer avaient apportées aux réacteurs à impulsion. Fuir, fuir au plus vite. C’était ma seule option.

La distance qui me séparait de mes poursuivants augmentait lentement. Au bout d’un temps qui me parut infini, l’indicateur de verrouillage de masse finit par s’éteindre. L’Asp avait enfin échappé à l’attraction exercée par la base et par le Python. Ma main s’écrasa aussitôt sur la commande de l’hyperpropulseur. Les tirs de sniper des Vipers infligèrent encore quelques dégâts à la coque de mon navire, lorsque le tunnel lumineux de la distorsion enveloppa enfin l’Almageste. Les cadrans s’affolèrent, les étoiles s’effilochèrent en traînées indistinctes, des nuages de turbulences colorées s’entortillèrent comme des rubans autour de nous. Nous étions entrés dans l’espace ensorcelé.

 

 

 



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