Histoires de la Horde

Atlante

25 septembre 3303, 

Le jour d’avant, à bord de l’Orichalque

 

Elle frissonnait. Cette sensation se faisait de plus en plus fréquente, malgré les températures confortables de l’Orichalque. Il lui arrivait parfois d’être transi de froid et c’était, lui avait assuré Dorian, un effet secondaire du poison qui la détruisait peu à peu.

Pourtant, en cet instant, c’était le poids du passé qui lui glaçait le sang. Ses yeux, une fois encore, relisaient le rapport Atlante. Comme à chaque lecture, elle ne pouvait s’empêcher de repenser à Marion Na’thai qu’elle n’avait pas réussi à protéger, malgré sa promesse. Le Docteur du LARA avait été abusé, croyant suivre les ordres d’Alvinia, mais c’était un piège astucieux qui l’avait conduit à la mort. On avait été plus rapide et intelligent que la porte-parole du Consilium et une femme en avait payé le prix fort. Mais ce que les commanditaires de l’assassinat ignoraient était que ce crime allait largement contribuer à la trahison de la porte-parole et du leader du Squadron. Ce dernier se tenait, en cet instant, à côté de l’ancienne porte-parole. Lui aussi avait été manipulé, livrant l’auteur du rapport Sorek à des assassins et la plaie ne s’était pas encore refermée.

Avec une pointe d’ironie il interrogea le leader de la Wing Atlantis :

-« Te lasseras-tu un jour de lire ce rapport ? À moins que tu ne te décides à le rendre enfin public, qui sait ».

-« C’est le cas. Il est temps…. »

Il fut étonné par cette réponse totalement inattendue.

-« Maintenant ? Qu’est-ce qui a changé ? Avons-nous de nouveaux éléments ? »

-« Non, mais il est temps. Je le sens. Je vais envoyer ce rapport à ceux à qui il est destiné. J’y adjoindrai nos recherches si ça peut les aider à faire le bon choix. »

-« Nos recherches ? Elles ne prouvent rien encore, tu le sais très bien. Malgré toutes nos observations, tous ces voyages aux quatre coins de la Galaxie, nous n’avons pas pu étayer définitivement les affirmations de ce rapport. Il reste encore tellement de travail, pour moi rien n’est encore achevé pour Atlante. »

-« Non c’est vrai, rien n’est prouvé ni terminé. Rien, en dehors du fait que l’auteur de ce rapport a été assassiné et que toi et moi avons son sang sur les mains. Rien n’est prouvé, mais ce rapport nous a fait renoncer à tout ce que nous avions juré de protéger. Ce rapport n’est pas autre chose que cela : il sème la graine d’un doute profond et tenace. Il est le grain de sable qui grippe toute la mécanique. C’est l’ingrédient qui transforme une matière inerte en explosif. Que ce rapport soit vrai ou pas importe peu en définitive. Le rapport Atlante a le pouvoir de saper toutes leurs certitudes et mettre en péril leur pouvoir. Comprends-tu que tout ce qu’ils ont bâti repose sur la peur ? Que cette peur est le ciment du mur qu’ils érigent entre les aliens et nous ?  »

-« Tu n’es pas assez pragmatique ! Ce rapport prouve qu’ils ont menti, point ! Il prouve que le Consilium a tort et que, le sachant, il s’est arrangé de la vérité, quitte à nettoyer tout ce qui se trouvait sur son chemin ».

-« Être manichéen n’est pas être menteur. Le Consilium joue son rôle à la perfection, c’est tout. Du reste la plupart de ses membres sont persuadés d’œuvrer pour le bien. »

-« Et bien ils se trompent ! Ils vont, avec leurs croyances obscurantistes, plonger l’humanité dans le chaos, et peut-être bien la détruire pour de bon ! Le Consilium pourrait devenir le fossoyeur de l’Humanité au lieu d’être le protecteur qu’il croit être et pour qui il prend toutes les libertés…. »

Elle devait reconnaître qu’il n’avait pas forcément tort, mais les choses n’étaient pas si simples. Il n’avait pas encore tous les éléments. Seule Alvinia avait la « Vision ».

 

-« Nous n’en savons rien. Ils feront leur choix, mais au moins ils auront le libre arbitre. Ils croiront ou ne croiront pas ce que contient le rapport et agiront en conséquence ou pas. Mais il est maintenant temps de leur laisser la possibilité de faire ce choix et surtout de l’assumer. »

De tout son être Alvinia espérait que ce dernier serait celui de ne pas être les premiers à tirer, mais de laisser ouverte la porte de la paix et de l’espoir. Bien entendu, en cas d’agression contre l’humanité elle serait la première à se battre. Lex talionis ! Il ne serait pas question de se laisser détruire ! Cependant, avant d’en arriver à cet extrême, tout était encore possible à condition que certains réagissent correctement à l’une des plus extraordinaires rencontres de toute l’histoire.

La jeune femme regardait sur son terminal le rapport qu’elle connaissait par coeur. Comme toujours, son attention se fixait sur les derniers mots. Ils résumaient tout le reste du rapport à la perfection.

 

[…]

Rien, absolument rien ne prouve à ce jour que les Thargoids soient hostiles. Il semble que tout ait été mis en place pour faire croire le contraire afin de ne laisser aucun doute si une rencontre devait avoir lieu.

Docteur Marion Na’thai

 

Alvinia entra un code sur son terminal débloquant l’envoi du rapport à destination des autorités du système Munfayl.

Le Regisseur de la Horde posa doucement la main sur l’épaule de la jeune femme

-« Ainsi, tout est terminé. »

-« Non, tu te trompes. Atlante c’est le passé. Ce n’est pas pour lui que nous sommes là. La seule chose qui compte encore, maintenant que ce rapport n’est plus entre nos mains, c’est Déméter. »

-« Te décideras-tu à m’en parler un jour ? »

-« Quand les préparatifs seront terminés, je te promets que tu seras le premier à le savoir ».

Alvinia se retourna. Elle souriait.

-« Nous verrons ce qu’il se passera demain. Pour le moment, profitons toi et moi d’aujourd’hui, veux-tu ? »

 

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